20 juin 2009
Violences conjugales et non guerre des sexes
Depuis quelques temps, je fréquente un forum consacré aux violences conjugales. J'ai pu y lire ces choses qui m'ont heurtée, du style que sous prétexte que les violences faites aux femmes dans le cadre du couple sont plus nombreuses que celles faites aux hommes, elles seules doivent être prise avec considération. C'est un raccourci, mais c'est un peu ça. Depuis longtemps, je déplore que les campagnes de prévention ne parlent que des femmes, niant la réalité des victimes masculines, voir même transgenres.
Voici donc le post que j'ai rédigé et publié là-bas, et que je publie ici aujourd'hui.
Depuis quelques jours je lis des choses ici qui me font bondir. Ce forum s'intitule bien "Violences conjugales" et non pas violences faites aux femmes. C'est donc bien que l'on reconnait implicitement que parmi les victimes d'exactions de leurs partenaires, il y a des FEMMES, et des HOMMES !
Pourquoi vouloir à toutes forces monter les unes contre les
autres ? Les personnes violentes, hommes comme femmes, sont une
minorité, et heureusement. Cette minorité ne saurait en aucun cas être
montée en épingle pour stigmatiser un sexe ou un autre, où alors ça
serait de la malhonnêteté intellectuelle.
Dans la plupart des cas, les personnes violentes sont des
manipulatrices (pas les femmes, les personnes ... je précise pour ceux
qui souhaiteraient détourner mes propos). Qui a déjà eu à faire à une
personne manipulatrice sait à quel point il est difficile de s'en
sortir, ça a été décrit dans de nombreux livres sur le sujet, qui font
autorité.
La violence est multiple, puisqu'elle soit physique
ou psychologique, elle n'en est pas moins destructrice. Mais la prise
en compte par la justice n'est pas la même à ce jour en France. C'est
bien pour cela que des enfants, qui auront été les témoins directs de
violences au sein du couple parental, ne sont toujours pas,
aujourd'hui, considérés comme des victimes indirectes de ces violences,
alors que l'on sait qu'elles auront sur eux des effets dévastateurs que
les psychologues et psychiatres connaissent bien.
Sans faire de victimisation à outrance, il n'est de mon point
de vue pas tolérable que l'on insinue plus ou moins directement, qu'une
victime est co-responsable des actes qu'elle subit. J'ai souvenir que
l'on m'a dit (quelqu'un qui m'était très proche d'ailleurs) que si mon
ex me battait, c'est que sûrement je lui donnais de bonnes raisons de
le faire. C'est un peu comme de dire d'une victime de viol qu'elle l'a
bien cherché. C'est tout simplement MONSTREUX et INHUMAIN,
et ça ne profite qu'aux seuls abuseurs, puisque ça les décharge d'une
partie de leur culpabilité, tout en minimisant leurs exactions.
Pour moi, une victime, qu'elle soit FEMME, HOMME, TRANSGENRE, hétéro ou homo, reste avant tout une VICTIME. On doit passer au-delà de ces clivages d'une autre époque, pour ne prendre en compte que l'ETRE HUMAIN en souffrance, qui a besoin de reconnaissance de la société pour effectuer sa RESILIENCE.
Ca n'est pas tant des condamnations par la justice qui sont attendues,
mais que les victimes soient reconnues par elle. Ca n'est qu'à partir
de cela que l'on peut commencer de se reconstruire.
Un couple, dans son intimité, n'est pas au-dessus des lois.
On ne peut, sous prétexte que l'on parle de vie privée, se dire que
cela doit rester secret et que la justice n'a pas a y mettre son nez.
Ce fut le cas durant des siècles, et on sait très bien à qui tout cela
a profité. Il n'y a pas plus de cas aujourd'hui qu'hier, la seule
différence, c'est qu'aujourd'hui, on ose enfin en parler. Du moins pour
les femmes victimes. Il y a encore beaucoup à faire pour les hommes, et
je ne parle même pas des transgenres, pour qui rien ou très peu n'est
fait, hormis les jugements de valeur.
Il n'y a pas une violence plus acceptable qu'une autre, il y a LA VIOLENCE, qui doit être CONDAMNEE
sans appel, dès que la ligne rouge est franchie. Parce que, pour des
êtres doués de raison, il y a d'autres moyens de communiquer,
d'échanger et de se faire comprendre qu'en cognant, violant ou
humiliant.
J'arrêterai là ce long post, je pense avoir dit
l'essentiel. J'espère ouvrir un débat où la tolérance et la
compréhension règneront. On a parlé ailleurs, des causes de la
violence, peut être pouvons nous aussi ici, se poser la question... Que
pouvons nous faire, nous, en tant qu'éducateurs d'enfants, pour ne pas
qu'ils tombent dans ce travers. Honnêtement, je pense que prôner la
tolérance à nos enfants est déjà primordial. Pour ma part, j'ai
toujours refusé d'entendre certaines choses à la maison, parce que
c'est stigmatisant pour certaines catégories de personnes, qui valent
bien autant que nous. Apprendre aux petites filles qu'un garçon est
respectable, aux petits garçons, la même chose. Apprendre aussi que pour être RESPECTE, il faut avant tout être RESPECTABLE. Enfin, quoi qu'il arrive, il faut toujours croire en L'ETRE HUMAIN.
03 juin 2009
Quand je prends mon pied !
Vala, j'avais bien dit que tout vient à point à qui sait attendre... Qu'est-ce qu'on dit Jeff ?
Non, on ne dit pas "Mais où sont les bas ?" Par la chaleur qu'il fait, franchement, ils restent dans mes tiroirs...
02 juin 2009
Week-end musical...
Ce week-end avait lieu à Belfort, le traditionnel FIMU (Festival International de Musique Universitaire). Départ donné vendredi soir, pour trois jours de concerts divers et variés, le tout étant totalement gratuit et accessible à tous le monde.
Les événements culturels gratuits et de qualité sont suffisamment rares pour qu'ils soient salués. Plus de deux cent cinquante concerts dans toute la vieille ville, allant de la musique classique au rap, en passant par le jazz, le chant choral ou les musiques du monde. De quoi ravire les oreilles des mélomanes.
Nous y sommes allés samedi après-midi, j'avais promis à mon fils de l'emmener. C'est donc sous un soleil radieux, que nous nous sommes baladés. Début du programme au frais des vieilles pierres de la cathédrale, pour un concert de l'orchestre symphonique universitaire de Montpellier. Grandiose, même si nous n'avons pas vu grand chose, installés que nous étions derrière un pilier... Puis ballade entre les différentes scènes, avant de découvrir un petit bijou que je n'avais pas repéré sur le programme. Un orchestre de mandolines... Inattendu, surprenant, mais au combien envoûtant ! Je n'aurais jamais imaginer pouvoir entendre un jour les grands airs de Carmen, interprétés à la mandoline, et pourtant ! (Vous pouvez les écouter, en cliquant ICI.) Pour finir cette journée, ce fut un concert de choeur d'enfants qui nous ravit. Chants traditionnels, incursions jazz, bref, de la très grande qualité.
Grandes orgues de la cathédrale St Christophe - BELFORT
Hier après-midi, le beau temps étant toujours au rendez-vous, j'y suis retournée avec mon fils. Trois heures passées à en prendre plein les oreilles. Il pu ainsi découvrir son premier concert d'orgues, toujours à la cathédrale. Les grandes orgues sont somptueuses, datant de 1750 et classées aux Monuments Historiques. Imaginez l'ancestral bâtiment résonner des lignes mélodieuses de la Toccata de Bach, tandis que les rayons de soleil perçaient au travers des vitraux magnifiques... Une heure de magie pure. Nous avons terminé avec un concert jazz, découvrant avec joie le Big Band de l'Ecole Jurassienne et Conservatoire de Musique de Délémont (CH). Excellent, le jazz tel que je l'adore...
Comme vous pouvez le voir, nous en avons largement profité, et je vous invite à visionner la vidéo ci-dessous, qui propose un regard sur l'ensemble de la journée de samedi...
FIMU 2009 : Ambiance de la journée du Samedi
envoyé par UTPROD - Regardez plus de clips, en HD !
14 mai 2009
Achat de nouvelles chaussures...
Hier, à l'occasion d'une ballade en ville, je suis allée visiter un magasin de chaussures bien connu des belfortains. J'avais, bien entendu, dans l'idée de m'offrir quelque chose. Voilà déjà bien longtemps que je n'avais pris soin de mes petits petons.
Je fus agréablement surprise, car les talons aiguilles semblent revenus en force. Il fut un temps où en trouver était une galère incroyable... Surprise aussi de voir que ce magasin classique offrait énormément de modèles que l'on pourrait qualifier de "fétisch", et je ne vais pas m'en plaindre du tout. Retour en force des chaussures vernies, qu'elles soient noires ou rouges.
J'avais repéré un superbe modèle rouge, ouvert, mais manque de chance, mon pied n'entrait pas dedans. Aussi, je me suis offert des escarpins ouverts beiges, à très fin talon haut, avec bride à la cheville. Sobres, élégants, ils peuvent facilement se porter avec tout.
Dans cette visite, j'étais accompagnée de mon fils de bientôt onze ans, et je peux vous dire qu'on en fera un homme de goût (et je crois bien aussi, un fétichiste des chaussures... sourire). Combien de fois s'est-il extasié devant des modèles hypers féminins, à talons très hauts... Combien de fois m'a-t-il dit "Beurkk" en voyant des ballerines... Peu de chance pour qu'il craque un jour sur une minette en baskets ou en rangers, j'en suis sûre. Depuis tout petit, il adore les belles chaussures fines, et avait baptisé un jour une paire d'escarpins à bride que je possédais, des "chaussures de cérémonie". Cela donne une idée du caractère "sacré" dont il les investissait ! Ca n'est pas sans me rappeler mon enfance, et mon amour déjà bien affirmé de certaines choses (les chaussures, entre autre, déjà...)
Les chiens ne font pas des chats, dit-on souvent, et cela se vérifie. Peut être qu'à l'adolescence, il rejetera tout ce qu'il adule aujourd'hui, par opposition. Mais au fond de lui, je suis certaine qu'il gardera ce goût pour l'hyper féminité. D'ailleurs tiens, pour avoir souvent lu Jeff, il me semble bien qu'il aie commencé comme cela, sa carrière de fétichiste tourmenté ! Rire... Voilà qui promet n'est-ce pas !
Pour en revenir à mes nouvelles chaussures, pour l'instant elles sont chez le cordonnier, afin de remplacer les embouts de talons en plastique, par des embouts métalliques. Mais quand je les récupérerai (ce soir normalement), je vous en mettrai une photo pour illustrer cet article. Avec ou sans mon peton dedans, ça dépendra de mon humeur !
07 mai 2009
Violence conjugale, le courage de dire non...
Mardi soir était diffusé sur France 5, un excellent documentaire intitulé "Violence conjugale, le courage de dire non". Point de pathos dans ce reportage, mais un portrait émouvant de ces femmes brisées, un tour de table des moyens mis en place pour les aider à se sortir de leur enfer.
Premier constat, il leur est très difficile de se libérer. Le pourcentage de femmes victimes osant porter plainte est infime (en dessous de 10 % des femmes qui parlent, ce qui est très peu). Pourquoi ? Il y a de multiples raisons... La peur bien évidemment. Peur des représailles après d'éventuelles sanctions de leurs bourreaux, peur qu'il n'y aie aucune sanction aussi. Les sentiments rentrent aussi en ligne de compte. Ces femmes maltraitées éprouvent, pour certaines, toujours des sentiments pour leur conjoint, malgré ce qu'elles subissent. On est un peu dans le schéma du syndrome de Stockholm. Pour certaines victimes (on retrouve aussi cela pour les enfants martyrs, mieux vaut être maltraité qu'ignoré. La femme, au travers de ce qu'elle subit, existe aux yeux de l'autre... C'est très difficile à concevoir de l'extérieur, mais c'est pourtant bien réel. Enfin, il y a le fait d'accepter que ce que l'on a construit, parfois sur des dizaines d'années, est un échec.
Ce qui m'a frappée dans ces portraits de femmes, c'est leur ressemblance... Ces femmes brisées se ressemblaient toutes ! Brisées psychologiquement, et physiquement aussi. Mêmes regards vides, mêmes tics nerveux, même terreur... Mêmes mots aussi souvent, pour décrire ce qu'elles endurent ou ont enduré.
L'intérêt de ce documentaire résidait essentiellement dans le détail des moyens mis en place pour venir en aide à ces femmes. Des progrès notoires ont été fait depuis que j'ai été confrontée à cela. En 1994, je le rappelle, il existait très peu de choses, et la loi était très laxiste vis à vis des conjoints violents. Les choses ont changées, même s'il peut apparaître que cela reste insuffisant. Le film a été tourné dans l'Hérault, où les différents intervenants (travailleurs sociaux, forces de l'ordre, collectivités publiques, justice) travaillent tous de concert, et reçoivent des formations spécifiques à la prise en charge des violences conjugales. Je ne pourrais dire si c'est le cas partout malheureusement. On y voyait des policiers s'entraîner à bien mener des interventions au domicile de victimes. Des simulations leur permettaient de trouver les gestes, mais aussi les mots adéquats. J'ai souvenir que par le passé, les gendarmes étaient venus à mon domicile, appelés par des voisins. Jamais ils n'ont cherché à m'interroger seule. Leurs seules questions ont été posées devant mon bourreau... Que pouvais-je dire, que pouvais-je faire ? Il semble que cela n'aie plus cours, et l'on ne peut que s'en féliciter.
Autre fait qui est un immense progrès, c'est que l'on protège enfin les femmes, et non plus uniquement les enfants... Je m'explique. Il y a une quinzaine d'années, alors que j'avais appelé les services sociaux, on m'avait répondu que comme je n'avais pas d'enfant, je n'avais qu'à me débrouiller toute seule. Il semble que ça ne soit plus le cas, car dans le reportage, on a vu plusieurs femmes seules à qui on proposait des hébergements d'urgence. Ceci dit, je suis toujours dans la colère quand je vois que c'est aux victimes de partir, souvent avec peu de choses...
Quinze ans après être sortie de l'enfer, ce combat est toujours le mien. Parce qu'il est intolérable qu'une femme meurt tous les trois jours, en France et au XXIème siècle... J'aimerais dire à ces femmes qui subissent, qui souffrent dans leur chair et dans leur âme, qu'il est illusoire de penser qu'un homme violent changera. Les promesses et les serments sont, dans 9 cas sur 10, des leurres. Les choses se calment quelques jours, et puis tout recommence, avec souvent un cran de plus dans l'ignoble. Ces femmes doivent penser à elles, à sauver leur peau avant qu'il ne soit trop tard. On dit en général, qu'il faut compter sept départs avant d'en arriver au bon. Mais certaines n'atteignent jamais le septième, parce qu'il y a eu le coup de trop qui a été fatal, parce que leur organisme est usé de trop de souffrance ou parce qu'à bout de tout, elles ont mis fin à leurs jours (il faut savoir qu'une femme victime de violence est 7 fois plus suicidaire qu'une autre).
Alors, si vous êtes dans cette situation, parlez... Dire les choses, c'est briser un cercle infernal. Dites votre souffrance, pour mieux commencer à la combattre. C'est le premier pas vers la renaissance, même s'il vous faudra du temps pour franchir vraiment le pas. Prenez les mains qui se tendent à vous, agrippez-vous y, comme un noyé s'agrippe à une bouée. Elles sont là pour ça. Et surtout, sachez que personne ne vous jugera... Mais de grâce, ne vous mettez pas en danger ! Parce que vous avez une vie à mener qui mérite de l'être, parce que vous avez autour de vous, des parents, des amis, des enfants, qui ont besoin de vous et qui vous aiment ! Ne prenez pas le risque de faire partie des 10 décès mensuels... Vous êtes un être digne qui mérite attention et accompagnement. Et la dignité, c'est d'abord vivre sans avoir à courber l'échine, sans avoir à vivre dans la terreur, sans avoir à être meurtri dans sa chair. Et ce, même si entre les accès de violence, votre compagnon peut se montrer charmant, ou vous procurer des sensations délicieuses... Là, je pense particulièrement aux couples qui pourraient avoir une relation BDSM, car cette spécificité entraîne une dépendance affective et sensorielle qui rend encore plus compliquée les choses, et qui culpabilise encore plus les victimes. Le BDSM ne saurait EN AUCUN CAS, constituer un justificatif à une quelconque violence. Dominer, c'est être capable de se dominer soi-même, avant que de prétendre dominer autrui. Se soumettre, c'est avant toute chose une quête de plaisir, qu'il soit physique ou psychologique, en aucun cas un blanc seing signé pour être maltraitée ! Vous n'êtes en rien des victimes au rabais, ou des témoins non crédibles. Vos goûts sexuels n'ont pas a être jugés, seule votre souffrance sera prise en compte.
MESDAMES, PROTEGEZ-VOUS, IL EN VA DE VOTRE VIE !!!
Je m'adresserai enfin aux hommes violents qui liraient ce post. Vous seuls êtes responsables, arrêtez de vous cacher derrière de faux arguments. Vous avez deux choix possibles : celui de ne rien changer, et de continuer à détruire autour de vous, ou celui de vous prendre en main, de demander de l'aide. Que ce soit auprès d'associations spécialisées, ou plus simplement en consultant. N'attendez pas de venir un jour un assassin ! Sachez que s'il arrive quoi que ce soit à votre conjointe, vous en serez directement RESPONSABLES ! Et qu'à ce titre, les personnes qui seraient au courant de votre comportement ne vous couvriront pas, car elles se rendraient alors complices.
Lecteurs, je vous invite à lire l'article proposé par "Le lien social", et qui explique remarquablement bien la problématique des violences conjugales. C'est ici "Violences conjugales, comment s'en sortir ?"
04 mai 2009
Recueillement
Pour deux petits anges, partis beaucoup trop tôt...
25 avril 2009
Coup de blues, insomnie et angoisses...
Et voilà... Une nuit d'insomnie en prévision, il y avait longtemps que ça ne m'était arrivé ! Trop de tensions accumulées que je n'arrive pas à libérer, auxquelles s'ajoute une crise d'angoisse, et me revoici devant mon clavier à minuit et demi.
Ca ne tourne plus très rond depuis quelques temps. Trop de choses en tête, les soucis du quotidien... Et une mémoire qui chaque jour me joue des tours. Oh c'est pas catastrophique, mais souvent, au beau milieu d'une phrase ou d'un acte, ben plus moyen de me rappeler de quoi je veux parler, ou ce que je veux faire. Et comme je suis une angoissée de nature (arfff, on ne se refait pas !), hé bien j'ai quelque peu tendance à paniquer !
Tout est lié, du moins je l'espère... Si je peux évacuer tout ce qui m'étouffe, je pense que tout rentrera dans l'ordre. Mais ça n'est pas gagné. Car je sais ce dont j'ai besoin pour lâcher prise, pour me vider de ces tensions... Or, ça n'est pas réalisable à l'heure actuelle. Et j'avoue que ça me mine. Hé oui, crise de manque sévère, j'avoue.
Pour couronner le tout, le soleil s'est enfuit en fin de journée, laissant place à la grisaille et à la pluie. Les gelées ne sont de nouveau plus très loin, pas de quoi rebooster un moral en berne. Et je ne parle même pas de l'actualité, car là, je vais me pendre directement. Ras le bos d'avoir le moral qui joue aux montagnes russes, fatiguée d'avoir peur de l'avenir. Mais je ne suis pas la seule par les temps qui courent, c'est malheureusement un mal très répandu.
J'aurais préféré vous raconter une jolie histoire, plutôt que de me plaindre, mais désolée... Je ne peux pas ! Je n'ai pas réécrit une ligne depuis plus de quinze jours. Je n'arrive pas à calmer mon cerveau bouillonnant, pour avoir une attention suffisament stable pour cela. Ma concentration a pris le chemin des écoliers, et mon inspiration avec. Pourtant, j'ai les matériaux pour travailler !
Souhaitons juste que ça ne dure pas trop longtemps, je ne supporte pas d'être comme cela. A bientôt, dans de meilleures dispositions, du moins je l'espère... Vais essayer d'aller trouver quelques heures de sommeil si possible réparateur.
15 avril 2009
Sur les traces de Sire Geoffroy
Vendredi, je suis allée en ballade sur le plateau des Mille Etangs, sur les traces de Sire Geoffroy et de la belle Garance... J'en ai profité pour ramener quelques clichés bien sympatiques... Je vous invite à découvrir l'église St Martin, nichée sur son éperon rocheux, ainsi que les ruines de l'abbaye d'Annegray... Et je n'ai pu faire toutes les photos que j'aurais voulu, les endroits ne permettant pas de se garer. J'ai ainsi raté une magnifique vue sur les sommets vosgiens enneigés, sur fond de ciel bleu, c'était à couper le souffle...
06 avril 2009
La belle Ondine
Perle de notre beau pays, la vallée du Dessoubre est un lieu incontournable et chargé de mystère. Les eaux vives et pures s’écoulent dans un paysage invitant au rêve et à la méditation. Lecteur, je t’invite, à travers mes mots, à laisser voguer ton imagination et à entrer dans un monde fabuleux…
Il fut un temps, pas si lointain, où les habitants de cette vallée vivaient en parfaite harmonie avec la nature. Ils vivaient de la terre, qu’ils cultivaient et dont ils nourrissaient leurs bêtes, et de l’eau, généreuse, qui leur fournissait bon nombre de poissons délicieux, et autres écrevisses. L’hiver, qui était long et rigoureux, ils s’enfermaient dans leurs fermes, où ils fumaient dans les thuyés saucisses et jambons, mais où ils travaillaient aussi le bois. Meubles et objets divers naissaient ainsi de leurs mains calleuses mais au combien habiles. Nombreux étaient aussi moulins et scieries, qui faisaient la richesse du pays.
C’est dans cette vallée qu’habitait une pauvre femme. Veuve depuis de longues années, elle vivait chichement de son lopin de terre, aidée par son fils, Louis. « Le Louis », comme on l’appelait ici, était un solide gaillard de vingt ans. Travailleur acharné, il ne renâclait pas à la tâche, allant se louer de ferme en ferme, pour aider sa pauvre mère. De distractions il n’avait point, trop épuisé pour aller danser le dimanche comme les jeunes de son âge. Son seul plaisir, c’était le soir, lorsqu’il allait flâner le long des berges du Dessoubre. Parfois, il pêchait, à la main, et ramenait des truites pour le dîner. C’était alors fête à la maison, car l’ordinaire était souvent constitué d’un brouet et de pain noir.
C’est le long de ses berges qu’il l’aperçut pour la première fois, resplendissante dans le soleil déclinant. Une beauté sauvage qui ne ressemblait en rien à ce qu’il avait déjà pu voir. Un corps filiforme et souple, une longue chevelure noire qui tombait à la taille, un visage aux traits fins, qu’illuminaient des yeux aux reflets d’or. Jamais Louis ne l’avait vue, et pourtant, il pouvait dire qu’il connaissait chaque âme de la vallée, qu’elle soit d’homme ou de bête. Ne se sachant pas observée, la jeune femme dansait, pieds nus dans l’herbe tendre, sous le regard envoûté de son spectateur caché.
Glissant sur une branche morte, Louis se retrouva d’un coup aux pieds de la jeune fille amusée.
« Hé bien joli monsieur, tu es en bien mauvaise posture ! Voilà ce qu’il en coûte d’épier les honnêtes filles ! »
Rouge de honte, Louis s’excusa et se présenta à la belle inconnue. Il était bien maladroit, n’ayant point l’habitude des femmes. Oh ! Certes, il agaçait parfois les filles de la région, mais ils avaient grandi ensemble, et étaient quasi-frères et sœurs. Là, rien de comparable. Du coup, il n’avait plus de repères…
« S’cusez mam’zelle. Je suis le Louis, j’habite la fermette un peu plus haut. Ne voyez point de mal, mais vous étiez si belle ! Jamais de ma vie, je n’ai vu quelque chose d’aussi beau j’vous jure. »
Un éclat de rire cristallin lui répondit aussitôt.
« Quelque chose ? Serais-je donc une chose ? Voilà qui est nouveau… » Répondit-elle en s’esclaffant. «On m’appelle Ondine, et je vis ici et ailleurs, fille du ciel et de l’air. Heureuse de faire ta connaissance Louis. Je vois peu de monde dans cette vallée, mais ça me va bien. J’aime la solitude, comme tu as pu le remarquer. »
Ils bavardèrent ainsi un long moment. Ca n’est que lorsque Louis vit le soleil se coucher, qu’il prit conscience de l’heure tardive. La mère devait se demander où il était, ça n’était pas dans ses habitudes de rentrer si tard, et qui plus est bredouille.
« Reviens ici demain, je t’y attendrai. J’aime ta compagnie, tu es franc et sincère, et ça me plait bien. N’oublie pas surtout… » Dit Ondine en agitant la main pour un dernier au-revoir.
C’est le cœur battant que Louis regagna la ferme ce soir là. Comme il s’y attendait, la mère se rongeait les sangs de ne pas le voir revenir, et il dut faire preuve de persuasion pour la rassurer. De sa rencontre, il ne parla point, gardant son doux secret pour lui. La nuit venue, il rêva de l’envoûtante jeune femme. A n’en point douter, il était amoureux, ce qui était nouveau pour lui.
Durant ce temps, sur les berges du Dessoubre baignées par la lumière surnaturelle d’une lune pleine, une scène peu ordinaire se déroulait. Une étrange créature, au long corps recouvert d’écailles et aux ailes déployées, serpentait sur l’herbe fraîche. Sa tête dressée fièrement illuminait l’endroit d’un éclat particulier. En effet, une escarboucle de pierrerie et d’or l’ornait majestueusement, formant un œil unique sur son visage. La Vouivre, car c’était bien d’elle qu’il s’agissait, regarda alentours, s’assurant que nulle présence humaine ne rôdait dans les parages. Puis de ses pattes courtes et griffues, prit le joyau, et le déposa précautionneusement sur le rivage, avant de gagner les eaux froides qui étaient son domaine réservé. Elle y nagea longuement, avec un plaisir non dissimulé. Comme chaque soir, elle se ressourçait dans les eaux vives. C’est aux premières lueurs du jour qu’elle en sortit, reprenant sa parure avant de disparaître, s’envolant par-delà les futaies.
Le lendemain, Louis ne pensait plus qu’à une chose, retrouver sa belle amie après sa journée de travail. Il mit encore plus d’ardeur, pressé qu’il était de terminer sa tâche. En un rien de temps, cette femme avait chamboulé sa vie. Après de longues heures de labeur, il fut enfin l’heure du rendez-vous. Il arriva essoufflé, tant il s’était hâté. Ondine l’attendait, assise dans l’herbe, jouant à faire tourner une fleur entre ses longs doigts.
« Bonjour mon ami. Sais-tu que j’ai compté les heures, tant j’avais hâte de te revoir ? T’ai-je manqué au moins ? » Lui demanda-t-elle.
« Pour sûr que tu m’as manqué ! Tu es une magicienne, car je ne me reconnais plus depuis hier. J’ai, comme qui dirait, la tête à l’envers. Quel sort m’as-tu jeté pour me chambouler ainsi ? »
« Sort ? Me prends-tu donc pour une sorcière ? Point de sort ici mon cher Louis. Mais je comprends ce que tu veux dire, moi aussi je me sens étrange depuis notre rencontre. »
Le soleil était encore haut dans le ciel, et l’été finissant offrait une chaleur bienfaisante. D’un commun accord, ils décidèrent de se baigner. Louis s’écarta, à l’abri des buissons, pour se défaire, ne gardant que son caleçon. Il reçut un coup au cœur, lorsque, reparaissant, il découvrit Ondine dans la plus grande nudité, ses longs cheveux d’ébène coulant sur sa poitrine.
« Allez, viens donc avant qu’il ne soit trop tard ! L’eau est bonne je t’assure… Mais… Je te fais peur, que tu n’oses avancer ? »
« C’est que… Tu es…»
« Nue ? C’est donc cela qui te gêne ? Mais dans quelle tenue veux-tu que je me baigne grand nigaud ! Fais donc comme moi ! A-t-on idée d’aller à l’eau vêtu… » S’esclaffa Ondine, amusée par la gêne de son ami.
Maladroitement, il obéit, et bientôt, tous deux s’ébattirent gaiement dans l’eau vive, nageant, plongeant. Le rire cristallin d’Ondine retentissait entre les roches, faisant écho aux chants des oiseaux. Mais alors qu’ils s’amusaient, Louis fut pris dans un tourbillon et disparut. Ondine partit aussitôt à sa recherche, inspectant les fonds. In extremis, elle le trouva entre deux eaux, inconscient. Sa tête avait heurté un rocher. Elle le ramena à la rive, et l’allongea sur les pierres chaudes. Il était blanc, respirait à peine. Sa peau blanche était marbrée de bleu. Il fallait le réchauffer, sinon le pire était à craindre. Elle avait trop vu d’hommes, passer de vie à trépas, de cette façon.
Méticuleusement et avec ardeur, elle entreprit de frictionner de ses mains chaque parcelle de son épiderme, collant son corps contre lui pour lui transmettre un peu de sa chaleur.
« Louis, reviens… Ca n’est pas l’heure pour toi de quitter ce monde ! J’ai besoin de toi ! » Exhorta-t-elle, tout en continuant ses frictions.
Au bout de quelques temps, il ouvrit enfin les yeux, découvrant le beau visage au-dessus du sien, sentant les mains parcourir son corps. Doucement, il la prit dans ses bras. Leurs bouches s’unirent en un baiser passionné. Emerveillés, ils découvraient leurs corps, et surtout, les délicieuses sensations qu’ils leur procuraient.
« L’heure est avancée Louis, il te faut rentrer ou ta mère va encore s’inquiéter. » Dit Ondine. « Tiens, j’ai péché cet après-midi, ramène donc ces poissons, ça lui fera plaisir. Je t’attendrai ici tous les jours mon amour… Tu me manques déjà ! »
Louis partit la mort dans l’âme, malheureux qu’il était d’abandonner sa belle. Il mangea peu ce soir là, surprenant sa mère.
« Si c’est-y point malheureux ! Pinailler ainsi sur une aussi belle truite ! Tu gâches, mon gars. T’es pas dans ton assiette, je l’vois ben. » Dit la mère.
Louis, perdu dans ses pensées ne l’entendait même pas, ce qui la fit râler d’autant plus.
« C’est-y point Dieu possible d’voir ça ! Il écoute même pas sa mère ! Si tu n’manges point, vas t’occuper des bêtes, au lieu de rêvasser ! C’est point l’ouvrage qui manque. »
La vieille était en colère. Son fils ne l’avait pas habituée à cela. Il y avait du jupon là-dessous, elle en était sûre. Quoi d’autre ?
Il était déjà parti. Après un passage à l’écurie, pour panser les bêtes, il décida de retourner à la rivière. Il courut à travers bois, dévalant les pentes rocheuses qui menaient à la berge. De loin, il aperçut une lueur étrange, avant de découvrir un spectacle auquel il n’attendait pas.
La Vouivre était là, ailes déployées, posée sur la rive. L’escarboucle illuminait la nuit du rouge vif de son rubis. Il la reconnut de suite, elle ressemblait trait pour trait au personnage de la légende qu’on racontait, lorsqu’il était enfant, le soir à la veillée. Jamais il n’aurait pensé la rencontrer. Emerveillé, il contempla le spectacle qui s’offrait à lui durant un long moment. Il faudrait qu’il en parle à Ondine, il ne pouvait garder pour lui seul ce secret fabuleux. Il regagna la ferme fort tard, épuisé de trop d’émotions, ignorant que sa mère l’avait précédé de peu. Lorsqu’elle l’avait vu quitter l’étable, elle avait décidé de le suivre, pour percer le mystère de son changement soudain.
Les jours passèrent ainsi, les
rendez-vous se succédèrent, renforçant le lien amoureux qui unissait désormais
Louis et Ondine. Il lui avait parlé de ce qu’il avait découvert, lui faisant
jurer de n’en parler à personne. Elle avait ri, avant de reprendre son sérieux,
et de lui faire une confidence.
La créature qu’il avait découverte au bord de la rivière, c’était elle.
Incrédule, Louis ne pouvait y croire, et pourtant… La Vouivre avait bel et bien
deux vies. L’une de femme, tant que le soleil brillait, et une autre de créature
serpentine dès que la nuit tombait. L’escarboucle était son œil, celui qui lui
permettait de voir en toute chose, en toute âme, la vérité du monde. Et dès les
premières heures du soir, elle regagnait son royaume, en se coulant dans les
eaux vives de la rivière.
« Toi seul sait la vérité Louis. Je t’aime, et j’ai confiance en toi. Depuis des siècles, je me protège de la cupidité des hommes, qui n’ont de cesse de s’emparer de mon trésor. Mais tu n’es pas comme les autres. Tu es pur et droit. Tu ne me trahiras pas. »
Louis lui fit maints serments d’amour et de loyauté. Jamais il ne trahirait celle qu’il aimait, elle pouvait en être sûre.
Mais c’était compter sans la mère, qui voyait là l’aubaine tant attendue pour sortir de la misère. Secrètement, elle avait décidé de retourner à la rivière, et de profiter du bain de la créature pour s’emparer du trésor. Ca serait la fin de leurs soucis, une belle vie d’assurée !
C’est par une nuit sans lune qu’elle passa à l’action. Elle rejoignit le Dessoubre par des chemins détournés, prenant soin de ne faire aucun bruit. A l’abri des taillis, elle attendit patiemment que la créature arrive.
Un bruissement d’ailes annonça son arrivée. Elle plana, s’assurant que tout était tranquille, puis se posa sur la berge. Méticuleusement, elle observa, puis se départit de son joyau, qu’elle posa, comme à son habitude dans l’herbe tendre. Puis son long corps écailleux se coula jusqu’à l’eau fraîche.
La vieille, qui n’avait pas perdu une miette de la scène, attendit qu’elle soit loin du rivage, puis sortit de sa cachette, et s’empara avec avidité de l’escarboucle avant de fuir à travers bois.
Un long cri lugubre fit trembler toute la vallée. Celui de la Vouivre à qui l’on avait volé son trésor. Elle surgit de l’eau, ailes déployées, toutes griffes dehors, et survola les rochers boisés, à la recherche de celle qui l’avait dépouillée. La retrouvant, elle l’emporta dans ses serres, jusqu’au sommet d’un rocher surplombant la rivière, et lui reprit son œil, qu’elle remit aussitôt en place.
« Qu’as-tu fait, malheureuse ! Sais-tu que d’ordinaire, tu devrais être morte, pour avoir ainsi cédé à ta cupidité ! C’est le sort que je réserve depuis la nuit des temps aux gens de ton espèce. Mais je ne peux te tuer… Une part de moi est aimée de ton fils, et je l’aime en retour. C’est donc à lui que tu dois la vie. Te tuer, serait tuer notre amour, et je ne puis m’y résoudre. Mais de ton acte, tu devras te repentir. Il n’est point de vie plus misérable que celle obtenue par le vol. »
La vieille tremblait de tous ses vieux membres, le regard baissé, honteuse de ce qu’elle avait eu l’audace d’entreprendre.
« J’vous d’mande ben pardon la Vouivre ! J’savions plus c’que j’faisions. Tant de misères, tant de peines m’ont fait perdre la tête. J’vous jure que j’recommencerons plus, sur la sainte bible ! » marmonna-t-elle
« J’ai la faiblesse de te croire. Mais ça ne me suffit pas. Je veux une garantie que tu ne t’opposeras pas à ce que ton fils prenne épouse, et quitte ta ferme. Je veux que tu respectes son choix, et que tu honores sa femme, comme si elle était ta propre fille. » Rajouta la Vouivre
« J’jure, sur tout ce que j’ai de plus cher ! » Lança la vieille, trop heureuse de s’en tirer à bon compte.
« Bien. Je vais te ramener près de chez toi, et je ne veux plus te voir la nuit hors de ta maison. »
Elle se saisit de la vieille, et s’envola jusqu’au petit bois jouxtant la fermette, où elle la libéra.
« N’oublie pas ta parole ! Je ne pardonnerai pas deux fois. » Dit la Vouivre, avant de repartir dans un bruissement d’ailes.
Quelques semaines plus tard, Louis et Ondine étaient officiellement fiancés. Aux premiers jours du printemps, on célébra les noces, dans la petite église du village. La jeune épousée avait mis dans la corbeille de mariage, un joyau de toute beauté. Un énorme rubis serti d’or. Lorsqu’elle le donna à Louis, elle lui déclara
« Aujourd’hui, puisqu’il me faut choisir, la Vouivre cède sa place à la femme. Cet œil ne lui sera plus utile, mais il est important qu’il ne fasse pas le malheur des hommes. Je te le donne, pour qu’en un lieu secret, il soit à jamais enfoui. »
Ensemble, ils décidèrent de le mettre à l’abri, aux fins fonds d’une des nombreuses grottes de la vallée. Ne me demandez pas laquelle, je vous vois venir, avides que vous êtes… Sa belle lueur rouge n’illumine plus que les entrailles de la terre, et plus personne ne s’entre-tue pour le posséder. Et de mémoire d’homme, plus jamais la Vouivre n’est apparue à personne, sinon aux petits-enfants à qui l’on raconte toujours la légende.
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Pour en savoir plus sur le cadre enchanteur de cette nouvelle, je vous invite à visiter le site d'Olivier Boillon, photographe franc-comtois.
03 avril 2009
Gustave et la Dame Verte
Crédit image : La source de la Loue - Gustave Courbet
Le pays était écrasé de chaleur, en ce jour de printemps 1864. La campagne rayonnait de partout, offrant aux yeux du promeneur, un festival de couleurs chatoyantes. Arbres en fleurs, et ruisseaux murmurants étaient un ravissement pour les yeux.
L’homme, à la carrure solide, lourdement chargé, allait d’un bon pas à travers prés. Il avait l’allure des paysans du cru, et semblait bien connaître les lieux. Et pour cause… Il était ici chez lui, en son pays. Les plaines et montagnes n’avaient aucun secret pour lui, qui les aimait tant. Pourtant, sous son air bourru se cachait un artiste, mais chut… J’en ai déjà trop dit !
Après une longue marche, il arriva enfin à destination. Cet endroit, il l’aimait plus que tout, pour le mystère qu’il représentait. Dame nature avait créé là l’une de ses plus belles merveilles. Au fin fond d’une haute falaise de calcaire, jaillissait une eau pure, s’écoulant en cascades fabuleuses. En cette saison, l’écrin de verdure qui l’enchâssait la rendait plus belle encore, délicieusement envoûtante.
L’homme descendit par un mauvais chemin, jusqu’aux eaux du torrent, prenant un soin minutieux à choisir l’endroit propice. Luminosité, orientation, il étudiait tout. Tranquillement, il se déchargea. Un chevalet de bois d’abord, qu’il installa face à la grotte, d’où jaillissait la vie. Lentement, avec précision, il l’installa, puis posa une lourde boîte de couleurs à ses pieds, et enfin, mit une toile vierge sur le support.
« Le Gustave », comme on l’appelait ici, passait pour un original. Fils d’une riche famille de paysans du pays il n’avait point voulu travailler à la terre, ni même dans autre chose. Non, il préférait perdre son temps à courir alentour, dessinant tout ce qui lui tombait sous les yeux. Ici, les gens étaient âpres à la tâche, aussi regardaient-ils d’un œil suspicieux cet hurluberlu, qu’ils traitaient, lorsqu’ils étaient entre eux, de fou, quand ça n’était pas de fainéant. Mais il n’en avait cure. Très jeune, il s’était découvert une passion pour le dessin, et ne vivait désormais que pour son art Il avait acquis, à force de travail, une réputation qui semblait prometteuse. Ses cheveux noirs, que la bise avait dérangés, encadraient un visage rond mangé par une barbe fournie. Il déplia un siège, et s’installa face à la toile, laissant vagabonder son imagination, et détaillant le spectacle naturel qui s’étendait devant lui.
Il était là depuis un moment, sa main noircissant la toile, lorsqu’une voix cristalline se fit entendre.
« Gustave ! Quel honneur de te voir en ces lieux ! »
Suspendant son œuvre, le peintre se retourna, mais ne vit personne. Il n’était pas encore midi, le soleil n’avait pu lui cogner sur la tête. Secouant la tête, il se remit à la tâche.
« Non, tu n’es pas fou. Je te parle Gustave. C’est la moindre des politesses que d’accueillir un hôte, lorsque l’on a de la visite. » Dit la voie douce. « Oh, mais suis-je sotte, je ne me suis pas présentée. Je suis la Dame Verte ! »
Relevant aussitôt la tête, Gustave vit en face de lui, sur un rocher bas de l’entrée de la grotte, une longiligne silhouette féminine qui le regardait d’un air moqueur. D’une très grande beauté, la jeune femme avait une peau très pâle, et le visage encadré par de très longs cheveux d’or. Une couronne de fleurs ornait sa tête.
La Dame Verte, ici, tout le monde en avait entendu parler. C’était la fée des forêts et des prairies des légendes populaires. Mais aujourd’hui, la fée était là, vivante, debout devant lui, et lui parlait. Quelle diablerie se cachait donc derrière tout cela ?
« Tu es une légende, une fée dont on narre les bienfaits aux petits enfants ! Comment peux-tu me parler, puisque tu n’existes pas ? » Demanda Gustave, de sa belle voix grave.
« Les hommes ont fait de moi une légende, oui en effet. Mais les enfants savent bien, eux, que j’existe. Car ils regardent toute chose avec l’émerveillement qui est dans leur nature. Mais en grandissant, ils perdent cette faculté, et s’ils se souviennent de moi, mais se convainquent que je ne suis qu’un rêve, une fée imaginaire. Toi qui est un artiste, je sais que tu as gardé ton âme d’enfant, c’est pourquoi tu me vois et m’entends aujourd’hui. »
Gustave n’en croyait pas ses yeux. Elle s’approcha de lui, doucement. Son corps se matérialisait de plus en plus au fur et à mesure qu’elle avançait. Sa peau évoquait les montagnes enneigées du Jura, ses yeux semblaient le reflet des eaux claires de la Loue, toute proche. Lorsqu’elle s’arrêta, elle était si proche qu’elle eût pu le toucher.
«Tu aimes la nature Gustave. Il n’y a qu’à voir la façon dont tu la glorifies par ton art… Laisse moi t’en remercier aujourd’hui. »
Il est vrai qu’il était amoureux de sa campagne. Combien de fois avait-il transporté son matériel, pour peindre une rivière, une source, une grotte… Il voulait les immortaliser pour n’en jamais perdre la beauté, pour les garder avec lui, où qu’il soit.
« Cette grotte d’où sort l’onde pure et bouillonnante de la Loue, c’est ma maison, Gustave. On a du te dire, lorsque tu étais enfant, que je vivais dans une grotte… Et bien, c’est celle-ci. Et je suis très heureuse que tu sois venu me rendre visite. Viens, suis-moi… » Rajouta-t-elle en le prenant par la main.
Il la suivit, le long des berges vertes, jusqu’à l’entrée de la caverne où le vrombissement de l’eau devenait assourdissant. Mais au lieu d’être dans l’ombre, il fut ébloui. Les parois rocheuses scintillaient de mille feux, lui donnant une aura magique. La Dame Verte continuait sa marche.
« Prends garde, les pierres sont glissantes, pour qui n’y est point habitué. Il serait dommage que tu te rompes le cou. » Lui dit-elle d’un ton narquois.
Il peinait quelque peu derrière elle. Il faut dire qu’il n’avait ni sa finesse, ni sa souplesse.
« Où m’emmènes-tu comme cela ? » Demanda Gustave
« J’ai décidé de te montrer mon royaume, nous y sommes presque. Voilà, tourne à droite… Là. »
Une faille entre deux roches se dessinait. Elle s’y engouffra aussitôt, Gustave à sa suite. Ils se retrouvèrent alors dans une salle de pierre aux dimensions respectables. Etrangement, bon nombre de fleurs de toutes espèces y poussaient. Devant les yeux médusés de Gustave, elles saluèrent en chœur l’arrivée de la Dame Verte.
« Bonjour jolie Dame, soit la bienvenue chez toi. » Dirent les marguerites, en s’inclinant sur son passage. « Tu nous amènes de la visite, c’est inhabituel ! »
« Merci mes amies, je vous présente Gustave, artiste de son état. Il était installé sur l’herbe, peignant avec talent notre belle rivière. Mon ami, saluez donc mes compagnes je vous prie. »
Stupéfait, il s’exécuta maladroitement, ayant conscience du ridicule de la situation. Si ses amis parisiens le voyaient, saluer un parterre de fleurs, ils le penseraient bon pour l’asile, à n’en pas douter !
S’installant sur une roche moussue taillée en siège, la Dame lui fit signe de prendre place en face d’elle.
« Je reçois peu en ce lieu, mon cher Gustave. Il y a bien longtemps d’ailleurs, que je ne l’ai fait. Mais je sais que tu semble être tout indiqué pour apprécier cet honneur à sa juste valeur. Bien entendu, tout ce que tu auras vu ou entendu devra rester secret ! Je connais la folie des hommes, ils n’hésiteraient pas une seconde à profaner mon sanctuaire, par cupidité ou par bêtise. »
Gustave acquiesça gravement, conscient de vivre un moment que peu d’hommes avaient la chance de vivre. L’œil de l’artiste détaillait les lieux, pour fixer en sa mémoire chaque détail. Sur les parois rocheuses couraient des lianes de lierre fournies, scintillantes des cristaux minéraux. Une voûte massive les surplombait, sous laquelle pendaient, tels de majestueux glaçons, de magnifiques concrétions.
« Comme tu dois le savoir, je suis la protectrice de la nature et de la vie, d’où cette présence peu ordinaire de végétaux en cette grotte. »
« Qu’attends-tu de moi, chère Dame ? » Demanda Gustave.
« Mais rien du tout cher ami… Je t'ai invité, pour te remercier de si bien glorifier mes trésors, au travers de ton œuvre. J’ai aperçu ta toile tout à l’heure, alors que je t'observais. Il y a tellement de sensibilité sous tes pinceaux, tellement de vérité que cela m’a émue. »
Un elfe arriva, portant un plateau de bois sur lequel étaient deux verres.
« Permets que je t'offre un rafraîchissement. Ma plus belle création, s’il en est… L’absinthe. Cette boisson divine, je l’ai fait découvrir à tes semblables il y a bien longtemps. Regardes, ici… » Dit la Dame Verte.
Noyé au milieu du tapis de fleur, trônait majestueusement un pied d’absinthe dont la couleur argentée des feuilles se mariait fort bien aux couleurs chatoyantes qui l’entouraient.
« Le premier pied vient d’ici… J’en avais fait don à un paysan, après la lui avoir fait goûter, il y a fort longtemps. Mais les hommes l’ont pervertie ! Ils en ont abusé, ainsi que beaucoup des dons que leur a fait la nature. De moi, de mes mises en garde, qu’ont-ils retenu ? Rien… Juste le nom, quand ils croient voir ma silhouette dans leur verre ! La fée verte… Alors que je n’ai jamais rendu malade personne. Les hommes ont corrompu ce nectar des dieux, pour leur malheur. »
Gustave se sentit coupable, d’un seul coup. Il était lui-même, comme beaucoup de ses amis, grand amateur de cette divine boisson, et il avait conscience de ne pas toujours être raisonnable. Mais après tout, quel mal y avait-il à aimer les bonnes choses ?
La Dame Verte le regarda, et partit d’un rire clair.
« Ne prends pas cet air penaud, mon cher Gustave… Tu n’es qu’un pauvre humain, avec tes faiblesses ! Mais prends garde, il se pourrait qu’un jour, tes excès te soient fatals. Le corps se rebelle toujours lorsqu’on le maltraite ! »
L’elfe servit le breuvage, faisant fondre délicatement des cristaux de sucre sous une eau cristalline.
« Je bois à ta santé mon ami. Buvons à l’amitié, et à ton talent. Puisse mon royaume t' inspirer encore longtemps ! »
La Dame porta le verre à sa bouche, et bu une gorgée du nectar.
Ils passèrent quelques heures à deviser, parlant des hommes, des richesses de ce pays, et d’art. Il apprit ainsi que non seulement la Dame Verte était déesse de la nature, mais aussi par extension, de la féminité. Le jour, elle courait dans les prairies, dansant dans le soleil. Parfois, lorsqu’elle rencontrait un homme qui lui plaisait, elle n’hésitait pas à l’emmener partager son bain dans l’eau fraîche… Mais les occasions étaient rares, car peu d’hommes étaient capables de la voir.
Puis il fut l’heure pour lui de prendre congé. L’elfe le raccompagna jusqu’à la sortie de la grotte, et bientôt, il se retrouva ébloui par le soleil printanier. Son chevalet était là, tel qu’il l’avait abandonné. Etrangement, le soleil indiquait la même heure que lorsqu’il était parti. Avait-il rêvé ? Etait-ce la réalité ? Il ne le savait plus… Fiévreusement, il reprit ses pinceaux, et travailla de façon acharnée, à rendre toute la beauté du lieu, mais aussi son mystère.
Le soleil déclinait, lorsque, enfin satisfait de son travail, il mit un point final au tableau. D’une main sûre, il traça sa signature au-bas de la toile… A gauche, on pouvait lire « G. C. »…
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